Mémoire du Temps - 1987- 1994

Les travaux photographiques de Luc Ewen reposent sur le thème du temps, son écoulement, sa durée. Il a les yeux rivés sur ces traces, ignorées de la plupart des regards, il se plait à découvrir, à sonder ce que l’oeil nu a peine à détecter, qu’il sauvegarde au travers de l’objectif. Déceler des signes, suivre le cours de l’histoire, con-traindre une pierre, un mur en ruine à lui livrer encore quelque chose, transmettre à votre époque le souffle préservé du passé, voilà ce qui importe à ce photographe, ce qui donne son sens à une part importante de son oeuvre.

A ce thème, il en oppose d’autres, s’aventure dans la réalité, dans le présent. Il confronte les signaux des mégalithes, ces pesants blocs de pierre hors du temps, signaux directifs qui pontuent le paysage, à l’instant fugitif d’une image télévisée, d’une bande magnétique vierge de dimension zéro, livrant des signaux qui évoquent la forme d’une trame, Luc Ewen relie ces figures entre elles, jette un pont entre ces points, provoque de la durée.

L’artiste n’en est pas là, bien au contraire! Il recourt à des opérations raffinées et complexes, manipule négatifs et tirages. Les catégories du temps s’interpénètrent de façon fragmentaire. Le public, décontenancé au premier abord, est invité à une observation plus fine, à une réflexion plus approfondie.

Ces images parlent de vie et de mort, de l’actualité présente et révolue, de la fécondité et de la destruction, de la nature et de l’homme. Elles se déploient en une vaste fresque qui englobe et rapproche tout, y compris nombre de contradictions.

C’est ainsi que le temps et le lieu également s’inscrivent dans un mouvement significatif, car temps et lieu ne peuvent être longuement disjoints. Ces deux notions extensibles se rencontrent nécessaire-ment quelque part.

Ce fut l’origine d’une idée neuve, d’un thème philosophique: Luc Ewen tente d’établir la relation temps-lieu. Cest bien là l’objectif pour-suivi par Luc Ewen, qui trouva dans cette expérience ce qu’il chercha, à savoir l’anonymat, qui se niche entre temps et lieu, entre vie et mort. L’anonymat, le hasard d’une rencontre; ses traces sont gravées sur l’image.
Luc Ewen habite et continue d’explorer ce monde du réel et de l’imaginaire, ce monde du temps-lieu-trace-signe.

Extraits d’un texte d’Elisabeth Vermast, « Artistes luxembourgois d’ahujourd’hui »

     
     
     
     
     
     

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