Lieux urbains - 2008
Lieux urbains
ou
la réalité superposée
Luc Ewen découvre la photographie à ’âge de 6 ans, en expérimentant ensemble avec son grand-père avec des Papiers périmés et jetés par le représentant local des produits Agfa, dont le tandem familial guettait les allées et venues à la décharge publique. Le jeune artiste en devenir et son complice aîné récupéraient le matériel écarté et le rapatriaient soigneusement - en mobylette - vers leur chambre noire, véritable lieu d’explorations et de découvertes. L’aventure avait commencé. Cette petite anecdote est significative à plus d’un égard : quelques 40 ans plus tard, la photographie de Luc Ewen témoigne toujours de son goût de l’expérimentation avec des matériaux et des techniques variés. Parfois il recouvre ses négatifs de cire et influe sur l’aspect du tirage. Ailleurs, il réalise la prise de vue en montant un verre concave d’un vieux feu de signalisation ferroviaire devant l’objectif de sa caméra digitale pour obtenir des distorsions de l’image. Parallèlement, la récupération continue à jouer un rôle important. Luc Ewen aime recycler ses propres photographies, les retravaille et les altère, leur conférant une nouvelle signification. Ainsi est né en 1987 le corpus Traces Urbaines,
une oeuvre en noir et blanc qui repose sur une Ces premières empreintes urbaines ne sont pourtant que le point de départ d’un travail en plusieurs étapes. Une fois les
négatifs développés, leur périple continue. L’artiste les découpe
et, lors d’un nouveau voyage dans une nouvelle ville, les place
sur un angle de rue, un trottoir et les expose littéralement au
contact d’un nouvel environnement. Froissés, égratignés voire
piétinés, les négatifs gardent les traces de l’activité citadine
qui les a façonnés le temps d’une journée. C’est ainsi que Luc
Ewen les récupère - s’il les récupère ! - enrichis d’un véritable
redoublement de réalité, d’une surréalité, pour emprunter
un terme cher à Susan Sontag. Les tirages qui en résultent ne
portent pas seulement toutes les marques de cette interaction
secrète entre l’artiste et la collectivité, mais en les amplifiant
par agrandissement. |
Cavités et What’s Behind That Curtain?, réalisé en 2001/2002 respectivement débuté en 2007, explorent d’une autre façon la même thématique des traces urbaines et du redoublement de la réalité. La démarche est cependant plus immédiate. Cavités, tout d’abord, avec ses formes organiques qui ressemblent à un paysage lunaire, n’est autre chose que l’enregistrement photographique des marques laissées par l’emplacement d’une cité troglodyte disparue depuis longtemps. Ces empreintes sont doublement magnifiées, une première fois par le rapprochement extrême de l’objectif par rapport au sujet photographié et, une deuxième fois, par le très grand format des agrandissements. Il en résulte une image abstraite, curieusement paradoxale, familière et étrange à la fois, qui représente la réalité tout en la niant. Ce que rend visible la caméra n’est pas le réel concret, tangible ou vécu, et Luc Ewen n’essaie pas de se l’approprier ou de le faire croire. Au contraire, il est fasciné par la réalité qui s’esquive, par la difficulté de la cerner. Pourquoi sinon aurait-il entamé une série de fenêtres sans vue ni perspective? Les carreaux voilés, opaques ou bariolés de What’s Behind That Curtain? cachent autant qu’ils ne montrent. Par contre, ils portent, eux aussi, les traces de la présence d’une collectivité anonyme. Une nature morte insolite arrangée sur fond d’un rideau, un dessin, un graffiti, toutes des oeuvres d’auteurs sans nom et sans visage auxquels Luc Ewen rend un hommage discret et poétique. A ce point du tracé artistique de Luc Ewen, une boucle est bouclée. Mais déjà l’artiste continue sur sa lancée, revenant sur des négatifs anciens, mis de côté. Ils sont prêts à être recyclés et à s’intégrer, le temps voulu, dans une oeuvre en quête de la réalité superposée.
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Cavités
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Traces urbaines
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What's behind that curtain
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